Discours de Véronique REVILLOD au Tata de Chasselay à la Commémoration du 11 Novembre 2013

Mesdames les Mairesses de Chasselay et de Les Chères,

Mesdames et Messieurs les représentants de la Commune de Villeurbanne,

Messieurs les Consuls de Côte d’Ivoire et du Togo,

Mesdames et Messieurs les représentants des Institutions civiles et religieuses

Mesdames et Messieurs,

 

En 1983, prenait la parole, ici même Louis Achille mon grand-père, président fondateur des Amis de la Présence Africaine Lyon que je co-préside aujourd’hui avec Abdou SONKO.

Louis ACHILLE depuis 1947 – son arrivée dans la région lyonnaise – venait rendre hommage aux africains du Tata. Louis ACHILLE, le martiniquais, condisciple, et ami de Senghor qui fut tirailleur Sénégalais, agrégé, et premier Président du Sénégal, condisciple et ami du jeune normalien Aimé Césaire – martiniquais – dont on célèbre partout cette année le centenaire de la naissance.

Ils sont encore tous trois considérés comme les pionniers de la « négritude ».

A mon tour de continuer sur cette voie ou se sont engagés tous les Achille et leurs amis pour faire reconnaitre en Martinique, aux Etats- Unis de Martin Luther King, dans la France des Nardal, Pompidou et Diop, l’apport spécifique du monde noir à l’humanité.

Cet enclos extraordinaire, unique en France, le Tata, mémorial Africain du soldat Africain a déjà suscité publiquement ou non  beaucoup de réflexion et de pensées profondes.

Je veux pour ma part retenir deux leçons qu’imposent les stèles de ces jeunes recrues dont le sang, celui du combat et celui du massacre, est à jamais confondu avec ce riche terroir de Chasselay.

Ce qu’implique hier et aujourd’hui  « l’interdiction de sépulture »,  ce qu’implique hier et aujourd’hui « l’interdiction de famille ». Le fanatisme d’une idéologie raciste allait jusqu’à dénier le nom d’homme à ces soldats africains, aux qualités militaires redoutables. Le vainqueur croyait en avoir fini avec la dignité et l’honneur de ses adversaires.

Ces interdits de sépultures finalement inhumés décemment par les Chasselois et honorés par le généreux Marchiani sont privés de tous ces liens chers à la mentalité africaine, avec la terre des ancêtres et tout l’environnement que les morts là-bas ne cessent d’habiter.

La frustration de leurs familles fut d’abord la leurs au moment de leur mort. La terre de Chasselay, comme la terre de France et nous même aujourd’hui devons beaucoup à ces centaines de milliers de déshérités de leurs terres et de leurs mémoires. Morts pour nous pendant ces deux guerres. Notre hommage au côté de leurs frères de race dans ce mémorial emblématique se doit d’en tenir compte.

« Interdits de sépulture » mais surtouts interdits de famille, les soldats morts tous jeunes n’ont pas pu fonder, soutenir, ces familles qui comptent tellement dans nos vies humaines.

Leur mort a d’espéré, démembré, parfois mutilé, disloqué sans doute des familles un peu partout dans la lointaine Afrique, les privant, en plus de tous ces devoirs de mémoires auxquels notre esprit est tant attaché. Pire encore, à la façon de tant de dommages collatéraux, qui cachet tant de souffrances secrètes, elles-mêmes interdites la plupart de ceux qui ont tant aider à sauver les valeurs humaines fondatrices, furent parfois interdits de mémoire officielle dans leur pays respectifs devenus indépendants.

Nous sommes donc tous ici, qui que nous soyons, d’où que nous venions, appelés à donner sens, à la mort de ces jeunes soldats non pas seulement pour pleurer et déplorer mais pour soutenir ensemble tous ce qui peut rapprocher des hommes,  notre espoir, que ont tenté set tentent encore de diviser le racisme, le fanatisme religieux, les idéologies politiques, le déni de valeurs humaines, toutes les formes de barbarie. L’avenir est inscrit dans notre présent vivifié par les leçons d’un passé mieux compris.DSC_3869_jla